Lydie MALAN

malan_smallDe 1926 à 1947

Le 5 mai 1926, Lydie Malan (1887-1947), professeur au Conservatoire de Genève, musicienne cultivée, pédagogue et passionnée, fonda le “Le Motet de Genève”, au sein de son activité au Conservatoire. En réalité cette date est celle de la création de statuts, qui devaient, parce que le “Groupe de Motet” vivait jusqu’à cette date “d’une vie purement idéale”, lui donner la possibilité de recevoir des dons et autres legs “afin de permettre la continuation de notre idée et sa propagation”.

Il faut donc remonter à l’année 1917 lorsque Lydie Malan créa le “petit groupe de motet” du Conservatoire. En 1922, ce petit groupe devint la “classe de motet” et ce n’est qu’en 1926 qu’elle créera le “Motet de Genève”.

Tout en poursuivant ses activités d’organiste à Céligny et son enseignement au Conservatoire, Mlle Malan réunit ainsi “quinze chanteurs, choisis avec soin, non pas tant pour leur virtuosité vocale que pour leur intelligence musicale et leur sûreté rythmique”.

La précision et la souplesse de ce groupe, montrant “un sens le plus juste de l’exécution d’ensemble, ainsi qu’un équilibre sonore réellement parfait”, furent les caractéristiques et les qualités rapidement reconnues par les auditeurs des premiers concerts du Motet. Le goût de Lydie Malan pour les polyphonistes peu connus à l’époque – Thomas Luis de Victoria, Claude Le Jeune, Goudimel, Vopelius – permit au chœur de révéler, à la fois, des œuvres rarement jouées et la juste technique pour captiver un public conquis.

Ses qualités, Lydie Malan les acquit, notamment, auprès de Emile Jacques-Dalcroze, en accompagnant la création des premiers “Pas Jaques”, et de Friedrich Klose, en Allemagne, où la consultation de nombreuses bibliothèques musicales lui permit de découvrir les chefs-d’œuvre qui accompagneront alors toute son existence. Si elle fut une disciple de Dalcroze, auquel elle vouait une grande estime, elle ouvrit pourtant son intelligence et sa curiosité à d’autres formes de l’expression musicale tout en enseignant pendant de nombreuses années l’improvisation et le solfège supérieur au Conservatoire de Genève et inspirera la méthode Wilhelms.

Bien que de culture protestante, Lydie Malan créa le Motet sans aucun fondement religieux ou culturel, mais avec la volonté de vivre l’instant présent avec passion. C’est ainsi qu’elle transmit d’une manière extraordinairement vivante son savoir et la musique à un groupe d’élèves, d’amis et de passionnés.

Au sein du Motet de l’époque on retrouve des élèves, des connaissances, des amis, comme le sculpteur König, qui créera la “Bise” pour le Port Noir, les Cusin, Delors, Maunoir, Tchamkerten, et tant d’autres. Le Motet était constitué de 5 soprani, 6 alti, 3 tenori et 3 bassi, l’effectif pouvant fluctuer selon les besoins du répertoire. Un effectif aussi réduit n’a pas manqué de surprendre, à une époque où la Caecilienne et le Chant sacré comptaient une centaine de membres ! Les mauvaises langues de l’époque appelaient d’ailleurs Le Motet “Le Chœur des Sans-Voix”!

En choisissant les membres du Motet chez les violonistes et les violoncellistes, et non chez des chanteurs à la voix travaillée, Lydie Malan privilégiait la faculté de chanter le plus naturellement possible, avec la culture musicale que la pratique instrumentale leur avaient fait acquérir. Aimée des enfants et passionnée d’enseignement, elle constitua et anima un chœur d’enfants dont “Samy”, Samuel Baud-Bovy, fut l’un des charmants bambins. Pierre Segond disait d’elle qu’elle fut sa seconde mère.

À ses débuts, le Motet répète à la rue du Cloître, chantant principalement a capella, comme l’imposait son répertoire. L’Eglise protestante n’était pas loin et certains pasteurs auraient même reproché à la fondatrice du Motet de trop chanter en latin… Mais c’était mal connaître Lydie Malan et son caractère que d’imaginer un instant qu’il aurait pu en aller autrement ! Le Motet participa même pendant la guerre aux services de la Synagogue, à l’époque du Rabbin Poliakov, sous le nom de “Harpe de Sion”.

En 1937, le Motet de Genève prit part à l’Exposition internationale de Paris, au sein du “2ème Congrès International d’Esthétique et de Science de l’Art”. Henri Gagnebin, alors directeur du Conservatoire, était l’organisateur du voyage. Le chœur proposa un programme varié, constitué de pièces de Maurice Ravel, Darius Milhaud, Claude Debussy et Henri Gagnebin.

Ernest Ansermet fut l’auditeur, à l’église Saint-Germain, du Miserere, de Josquin Després. Lydie Malan fit appel, à cette occasion, aux côtés du Motet, à Hugues Cuénod. A la deuxième audition suisse et la première genevoise des Dithyrambes, de Frank Martin, la sœur du compositeur fit appel à Lydie Malan, et à son chœur d’enfants dont certains, parvenus à l’âge adulte, rejoignirent les rangs du Motet.

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